Au travers de cette interview, découvrez le travail du photo-reporter Louis Witter, membre de l’agence Hans Lucas. 

Ma rencontre avec Louis a été assez drôle, puisque je n’ai découvert son travail que récemment, alors que nous avions couvert ensemble les émeutes de Nantes !

 

Qui est-tu dans la vie de tous les jours et d’où viens-tu ?

Alors je suis Louis Witter, étudiant en troisième année de journalisme à Paris et photographe indépendant à côté. C’est un peu étrange car je devrais être soit étudiant, soit photographe (les gens aiment bien savoir à qui ils ont affaire), mais vu que je fais les deux, je dis les deux. Et je suis distribué depuis même pas trois semaines par l’agence Hans Lucas.

 

Louis Witter  » Autoportrait »

 

Pourquoi as-tu choisi la photographie ? 
Qu’est-ce que tu préfères photographier de manière général ?

« Choisir la photographie », ça ne s’est pas fait comme ça. En fait c’est plutôt elle qui m’a choisi dans le sens où l’on m’a offert mon premier appareil à 10 ans sans que j’en ressente l’envie ni le besoin. C’était la grande découverte quoi. Petit à petit j’ai appris à kiffer ça. Quand je suis revenu à Paris après deux années dans le sud ouest, pour mon année de terminale, je m’y suis vraiment mis à fond, en me spécialisant sur les événements d’actualité.

On est en plein débat sur le mariage homosexuel, l’ambiance est pourrie à Paris à cause de ça. Il y a des manifestations presque tous les week-ends. Je décide de me pencher là dessus et arrive à nouer des contacts avec certaines personnes qui y participent mais n’y sont pas bien vues, notamment des membres de groupuscules d’extrême-droite comme le GUD ou les jeunesses nationalistes. Durant un an, je les suis en manif, tente de comprendre leurs motivations. Finalement ça s’est mal terminé et j’ai donc décidé d’arrêter de travailler sur le sujet et de me pencher sur d’autres choses plus intéressantes.

 

Quel matériel utilises-tu et as-tu eu?

Je ne suis pas super super à l’aise pour parler matos. Enfin je ne pense pas que cela soit primordial bien que ce soit important. J’ai commencé la photo reflex avec un nikon entrée de gamme, puis ensuite je suis passé sur Pentax durant deux ans et quelques, pour finalement échouer sur les pleins formats Canon, le 5D mark II et le 1Ds Mark III en tête.

Je suis un afficionado de la focale fixe, je ne bossais qu’au 24 1.4 et au 50 1.4 avec ces deux boitiers. Mais il y a quelques temps, en Ukraine, je me suis rendu compte que ce matériel ne me convenait pas. Trop gros, trop lourd, trop visible, trop bruyant. Déjà que je suis quelqu’un de très timide, il m’a empêché d’être assez près des gens (soldats comme civils) pour faire de bonnes images. Du front ukrainien, j’ai ramené de mauvaises images, enfin je n’en suis pas du tout satisfait. En plus d’une totale remise en question de ma manière de bosser, j’ai revendu tout mon matos.

 

Quel matériel envisages-tu d’acheter dans l’avenir et pourquoi ?

Le rêve ? Un Leica avec une ou deux optiques. J’y songe, mais mon portefeuille n’a de cesse de me rappeler qu’il faut que j’arrête de rêver. Je viens de passer deux semaines avec un Leica et un 35mm, c’est une perle. J’arrive à prendre les gens pleine gueule, c’est un réel plaisir. A voir si ma banque va bien vouloir me faire un prêt hahaha.

 

Quelle est ta plus grande réussite en photo ?

Ma plus belle réussite photographique est très très personnelle. Mon arrière grand mère est décédée à l’âge de 100 ans, peu après que toute la famille se soit réunie avec elle pour lui souhaiter son centenaire. Lorsqu’elle est repartie, dans l’ambulance, elle a adressé de la main un salut à tout le monde.

Personne ne l’a compris à ce moment là, mais ce fut évident après. Elle s’est accrochée pour tenir 100 ans, puis s’est laissée partir doucement. C’était son combat, son défi, et elle l’a réussi. Cette photo est techniquement pas dingue, un peu sombre, un peu bruitée. Mais on voit dans son regard qu’elle sait que c’est la dernière fois qu’elle nous voit tous réunis.

 

As-tu un gros regret ?

En ce moment ce que j’ai en travers de la gorge c’est l’Ukraine. Avoir dépensé les quelques économies qui me restaient et être allé dans cet endroit habité par des fous de la gâchette pour n’en ramener que quelques maigres images, pas dingues, ça me blase un peu. Bien évidemment ça me donne envie de repartir (le dites pas à ma mère elle le sait pas encore), mais ça dégoute un peu.

 

Quels logiciels et matériel informatique utilises-tu au quotidien ?

Lightroom pour 90% du travail. Les autres 10% avec Photoshop pour les travaux précis.

 

Quels conseils donnerais-tu à quelqu’un qui voudrait se lancer sérieusement ?

Ca franchement je n’en ai aucune idée, je ne suis moi même pas encore « lancé » comme on dit. Avoir un matos qui tient la route, ne pas prendre de risques inconsidérés et essayer d’avoir un plan B, ça peut être pas mal déjà.

 

Es-tu inspiré par un artiste en particulier ?

Par plein de photographes oui ! Je suis un admirateur des photographes de l’agence Magnum, des images de l’âge d’or du photojournalisme. C’est ce qui m’a forgé, les vieux albums de « 100 photos de …. Pour la liberté de la presse » de RSF, les bouquins de Doisneau… Quand je pense que mes photos sont bonnes, je n’ai qu’à ouvrir un de ces numéros pour constater que me marge de progression est comparable à la distance qui sépare Paris de Bagdad.

 

Retrouvez son dernier reportage sur le bidonville rom de la courneuve sur le nouvelobs : http://tempsreel.nouvelobs.com/galeries-photos/photo/20150819.OBS4382/photos-au-coeur-du-bidonville-rom-de-la-courneuve.html

 

On se quitte sur quelques unes de mes images préférés parmis son travail :

 

15251_298535443672037_6996524832441539869_n
ZAD du Testet

 

10959122_358857590973155_8770763496792510956_n
Emeutes de Nantes

 

11222965_423507811174799_4315072033484583497_n
Bidonville de la courneuve

 

Sur la route du cimetière ( Louis Witter/Studio Raw 2015 )
Sur la route du cimetière

Retrouvez ses travaux dans ces différentes galeries :

www.louiswitter.com
www.twitter.com/LouisWitter
http://hanslucas.com/lwitter/photo
www.facebook.com/witterphoto

 


Pour garder Studio Raw gratuit, sans pub et accessible à tous, pense à faire un don, surtout si les articles te plaisent.

LIBRE

2 commentaire sur “Interview- Louis Witter

  1. tu oublis vite LVW dont tu est actionnaire pour des Photos,que tu as faites , Vraiment « c’est pas juste »Ha c’est vrai tu avait 15 ans,mais tu as résigner le jour de tes 18 ans  » LES PAPILLONS De LA VIE »

  2. « je me suis rendu compte que ce matériel ne me convenait pas. Trop gros, trop lourd, trop visible, trop bruyant. »

    Pour ça, il te faut un petit combo x100t avec un WCL-x100 et un X-T1 ou un X-PRO 2 (quand il sortira !) avec un 23 f/1.4 et pourquoi pas un 56 1.2 😉

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *